jeudi 8 octobre 2009

Analyse 23 (2009)

Paix et Justice au Moyen-Orient

STRASBOURG, le 06 octobre 2009


cpjmo@yahoo.fr


Iran: combien de divisions? Combien de missiles?

Combien de centrifugeuses?


C’est en ces termes que les adversaires de l’Iran le jugent


Question: si l’Iran ne maîtrisait pas la technologie d’enrichissement d’uranium et de fabrication de missiles; si face à la machine de guerre israélienne, les amis de l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, ne pouvaient pas aligner de missiles pour se défendre; finalement, si l’Iran n’avait aucun réseau d’influence en Irak et en Afghanistan, ses adversaires occidentaux (États-Unis, Angleterre, France et Allemagne), l’auraient-ils pris au sérieux et l’auraient-ils invité à débattre à la table des «Grands» le premier octobre 2009?


Quiconque un tant soit peu informé des lois qui régissent les rapports de force entre États, répondra, sans hésiter, négativement à la question posée.


Les pourparlers entre l’Iran et les 5+1 portent sur le partage de zones d’influence au Moyen-Orient et en Asie centrale. Mais, les médias occidentaux ne parlent que de la question nucléaire iranienne qui joue exactement le même rôle que les «armes de destruction massives», moyen de pression et prétexte ayant permis aux Etats-Unis et aux Britanniques d’envahir l’Irak, un pays jadis souverain.


Puisque les propagandes occidentales s’époumonent autour du nucléaire iranien, alors parlons nucléaire. Puissances technologiques et financières, les pays occidentaux (la France, l’Allemagne et l’Angleterre) n’ont jamais tenu parole et n’ont jamais voulu d’un Iran politiquement indépendant et technologiquement développé.


Selon Akbar Etemad, ancien président de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran sous le Chah (vassal des États-Unis), les Européens ont fait perdre à l’Iran plusieurs milliards de dollars: «L’Allemagne a refusé d’accorder la licence d’exportation concernant les équipements complets des deux centrales nucléaires construites à Bushehr, au sud de l’Iran. Pourtant, ces équipements, qui sont entreposés depuis vingt-cinq ans en Allemagne, appartiennent à l’Iran parce que payés entièrement. (…) Quant à la France, elle a refusé à l’Iran le droit de faire enrichir son uranium dans l’usine d’enrichissement du Tricastin appartenant à la société Eurodif. Pourtant, l’Iran s’était associé au capital de cette société à hauteur de 10% pour avoir accès aux services d’enrichissement nécessaire pour l’approvisionnement de ses centrales en combustibles (…) La Grande Bretagne (…) a participé au front du refus en retenant un envoi d’uranium appartenant à Téhéran qui transitait par l’Angleterre à destination de Téhéran.»(1)


Conséquence : «Les Européens se sont dérobés à leurs engagements. Ces pertes se chiffrent en milliards de dollars et sans doute encore beaucoup plus en manque à gagner du fait de plus de vingt ans de retard dans la réalisation du programme nucléaire iranien»(1).


Question: Qui, des Iraniens ou des Européens, n’ont-ils pas respecté leurs engagements et les lois internationales? «Si l’Iran demandait la réparation des dommages subis, quelle serait l’attitude des pays européens?»(1).


Autant de questions et d’esquisses de réponses, montrant que les Européens ont floué l’Iran. Actuellement, de part et d’autre, la méfiance est de mise et le rétablissement de la confiance n’est pas pour demain.


Il est à souligner que ce n’est pas l’Iran qui a changé d’attitude. Il continue à enrichir de l’uranium. Ce sont les Européens qui ont modifié leur position envers l’Iran, parce que «Téhéran a réalisé une percée technologique importante dans le cycle du combustible nucléaire (…) On peut se demander pourquoi l’Iran accepterait de s’arrêter en si bon chemin»(1) (Souligné par nous). Force est de constater qu’aucune pression occidentale n’est plus en mesure d’arrêter le développement technologique de l’Iran, même si le progrès touche avant tout le domaine militaire et nucléaire. L’existence même de l’Iran en dépend.


Comme nous l’avons écrit plus haut, l’ordre du jour des pourparlers du premier octobre (date choisie par l’Iran), touche avant tout à des questions d’ordre politique, économique, géostratégique. Un exemple: en marge des négociations, William BURNS, négociateur américain, a rencontré son homologue iranien Saïd JALILI, pour parler…de l’Irak et de l’Afghanistan! Ces pourparlers se déroulent dans une ambiance de pressions réciproques.


Quels sont les moyens de pression américains, iraniens, russes ou chinois?

L’Occident, en particulier les Américains, a de formidables moyens de pression technologique, financière et militaire. Sous la pression américaine, le Japon s’est retiré de l’exploitation d’un grand champ pétrolier en Iran, alors que l’Iran est le principal fournisseur de pétrole du Japon. Ce faisant, le Japon dépendra toujours des bons vouloirs des États-Unis qui, contrôlant les sources d’approvisionnement énergétiques, continueront à «maîtriser» le Japon.


De même l’Allemagne, principal partenaire commercial de l’Iran, commence à réduire, sous la pression américaine, son commerce avec l’Iran qui doit s’approvisionner auprès d’autres pays. Le marché iranien échappe aux entreprises allemandes qui ne ratent aucune occasion pour manifester leur mauvaise humeur. Les banques occidentales confisquent les avoirs iraniens et n’octroient pas de crédit aux sociétés occidentales qui souhaitent investir en Iran, dans l’industrie, le gaz et le pétrole.


La Chine résiste à la pression américaine et s’oppose à toute nouvelle sanction contre l’Iran. En effet, l’embargo américain contre l’Iran vise à couper la Chine de ses sources d’approvisionnement et de la faire dépendre, comme le Japon, des Etats-Unis. Couper la Chine du marché iranien constitue un autre objectif des Etats-Unis qui s’inquiètent des rapprochements politiques sino-iraniens.


Les pressions américaines sur l’Iran poussent ce pays à créer des réseaux parallèles et relativement chers : ainsi certaines marchandises traversent Dubaï. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, des produits américains arrivent en Iran via Dubaï.


Les pressions américaines s’exercent également sur la Russie, deuxième puissance nucléaire mondiale. Souvenons-nous des oligarques russes qui voulaient introduire le pétrole et le gaz russes dans les bourses occidentales (New York, Londres, Paris,…), brader ainsi la richesse russe et faire perdre la souveraineté économique, puis politique, au pouvoir russe. Les pressions américaines sur la Russie sont également d’ordre militaire. L’OTAN étend son influence jusqu’aux frontières naturelles russes, installant des bases militaires autour de la Russie, en Géorgie, en Azerbaïdjan et en Asie centrale. Ces moyens de pression sont actionnés lorsque l’Occident souhaite mettre la main sur la zone d’influence russe ou l’éloigner de l’Iran, son partenaire stratégique.


A son tour, l’Iran possède de formidables moyens de pression sur l’Occident. Ses réseaux d’influence en Irak, en Afghanistan et au Liban en font un redoutable adversaire des États-Unis au Moyen-Orient. Si un calme précaire prévaut en Irak, c’est avant tout grâce à l’Iran qui, en quelque sorte, cogère l’Irak avec les Etats-Unis. Sous la pression de Téhéran, l’Armée du Mahdi a rangé ses armes et participe aux élections et autres activités politiques «pacifiques». Jusqu’à quand?


Le même phénomène s’observe en Afghanistan où l’Iran, influent à l’ouest, au centre et au nord, est en mesure de mener la vie dure aux troupes de l’OTAN.


Que cherche l’Iran? Sa sécurité, le respect de ses intérêts et de sa zone d’influence en tant que grande puissance régionale. L’Iran et les États-Unis sont obligés de s’entendre, malheureusement, sur le dos des peuples de la région qui rejettent toute domination étrangère, qu’elle soit américaine ou iranienne. Cette entente américano-iranienne n’ira pas sans accrochage. Les puissances militaires sont à la merci de la résistance des peuples, des problèmes économiques, de l’enlisement et des contestations nationales, voire mondiales, et des coups bas des adversaires, détériorant d’autan le moral des troupes et sapant l’autorité de l’envahisseur qui finit un jour par plier bagage. Nous n’en sommes pas encore là, mais le rapprochement des Etats-Unis avec l’Iran montre bien que l’Amérique souffre de ses guerres et a énormément besoin de l’Iran.


Les pourparlers entre l’Iran et ses adversaires sont très complexes et portent essentiellement sur le partage de zones d’influence. Vouloir les limiter à la question nucléaire (moyens de pression) relève de la propagande ou de la myopie. Les discussions nous réserveront bien des surprises.


(1) Le Monde du 20 janvier 2005.

jeudi 1 octobre 2009

Analyse 22 (2009)

Paix et Justice au Moyen-Orient

STRASBOURG, le 28 septembre 2009


cpjmo@yahoo.fr



Iran, Palestine et Israël:

3 mensonges et une vérité


Qui peut déloger Israël de la Cisjordanie ?


Lorsque les dirigeants sionistes israéliens se déclarent représentants des survivants de l’Holocauste ou héritiers du martyre juif, c’est un mensonge grotesque. En effet, le sionisme, en tant qu’idéologie constitutive de l’Etat israélien, prône la conquête territoriale et la pureté ethnique, ce que le commun des mortels qualifie de racisme. Ce sont, bien entendu, les Palestiniens (en Cisjordanie, en Israël et à Gaza) qui en font les frais. Le dernier rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dirigé par Richard Goldstonejuif et sioniste» selon sa fille) accuse Israël de crimes de guerre à Gaza en 2009. Selon le rapport, l’objectif de Tsahal était de «punir, humilier et terroriser». Les survivants juifs de l’Holocauste et ceux militants des droits de l’homme, condamnant les agissements anti-palestiniens des sionistes, se battent pour la cause palestinienne et refusent de voir en l’Etat d’Israël le représentant des juifs du monde entier.


Lorsque les dirigeants israéliens prétendent que critiquer l’Etat d’Israël et ses crimes en Palestine, relève de l’antisémitisme, c’est vouloir placer l’antisionisme au même niveau que l’antisémitisme. Il s’agit d’un deuxième mensonge inacceptable au service du sionisme conquérant, raciste et adepte de l’apartheid en Palestine, qui essaie de brouiller les pistes pour justifier l’injustifiable: le non respect de toutes les résolutions des Nations unies et le crime permanent contre le peuple palestinien.


Lorsqu’Ahmadinejad, président iranien, qualifie l’Holocauste de mythe, il raconte un mensonge, en confondant intentionnellement Israël, état sioniste, et les juifs qui ont subi humiliation, expropriation et un atroce génocide pendant la deuxième guerre mondiale.


Ces trois mensonges voilent une réalité, celle d’un changement de rapports de forces planétaire qui se déroule progressivement sous nos yeux depuis le 27 septembre 2007. A cette date, Condoleezza Rice, secrétaire d’état de l’administration Bush avait annoncé la tenue d’une conférence internationale destinée à discuter des moyens de garantir la stabilité politique de l’Irak. La Syrie et l’Iran étaient invités à participer à cette conférence. Dans l’article «le chant du cygne de l’unilatéralisme» (Communiqué n°23 du 4 mars 2007), nous avons analysé cette conférence comme étant le signe de l’impasse de l’unilatéralisme et la naissance de l’ère multilatérale, l’ère des puissances relatives.


Deux ans plus tard, le reflux de la puissance américaine se fait sentir partout dans la région. L’Irak ne connaît toujours pas la paix et le régime irakien se maintient grâce à la décomposition du pays. «Sachant que, dans la région autonome du Kurdistan irakien, seuls les peshmergas kurdes (sous uniforme irakien) sont habilités à manœuvrer et que, dans le Sud chiite, la presque totalité des troupes sont chiites, on peut conclure que l’armée irakienne reste loin du symbole de la réconciliation nationale» appelée de ses vœux par M. Maliki (premier ministre irakien) (1). Pendant ce temps-là, les attentats meurtriers continuent en Irak et on peut s’attendre à ce que le peuple irakien ne tarde pas à se ressaisir.


L’enlisement des armées occidentales en Afghanistan n’est plus un secret et selon certains analystes, pour sécuriser le pays «il aurait fallu pour cela environ 400 000 hommes, contre 100 000 aujourd’hui»(2). Comme au Vietnam.


Comme en Irak, en Afghanistan les mensonges les plus grotesques entourent l’intervention et les opérations militaires. Dans un entretien avec le journal Le Monde, Anders Fogh Rasmussen, le nouveau secrétaire général de l’OTAN, prétend que «la lutte contre la drogue est un succès». Il parle de la construction de 3500 écoles et affirme que «désormais 85% des Afghans ont accès aux services de santé essentiels»(3).


Concernant les «succès» contre la drogue, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, n’est pas du même avis et qualifie l’Etat afghan de «narco-state»(4).

Quant aux efforts de «construction», dont l’objectif serait d’attirer les faveurs des Afghans à l’égard de la présence militaire occidentale, Natalie NOUGAYREDE, journaliste au Monde, parle clairement de «l’hostilité des populations pachtounes à toute présence occidentale, quels que soient parfois les apports de la reconstruction»(2). D’autant plus que les armées occidentales sont prises dans une nasse qui pourrait se transformer en un nouveau Diên Biên Phu de l’OTAN (voir analyse 4 du 1er février 2009). Le ravitaillement des armées occidentales, par le Pakistan (Passe de Khyber) et par le Nord, sont constamment sous le feu de la résistance afghane et pakistanaise. «Depuis 2008, plus de 700 camions ont été détruits» à la Passe de Khyber(5).


Face à la Russie, les Etats-Unis ont préféré faire marche arrière et abandonné leur projet d’installation de bouclier antimissile en Europe orientale.

Le même phénomène s’observe avec l’Iran dont les propositions furent acceptées comme base de négociation avec l’Occident. Finies les conditions préalables pour discuter avec l’Iran, qui impose désormais son agenda.


Dans un article d’analyse intitulé : «le déclin annoncé des Etats-Unis», Marie-France TOINET livre quelques indices économiques du déclin de l’Amérique. De créditeurs jusqu’en 1985, les Etats-Unis sont devenus, pour la première fois depuis 1913, débiteurs. La chute fut très rapide: leur «stock» de dette extérieure (…) est devenu le plus élevé du monde, atteignant quelque 800 milliards de dollars en 1990. «Si l’on inclut les investissements en portefeuille dans la définition de la dette extérieure, les Etats-Unis sont de très loin le pays le plus endetté du monde»(5). Ou encore: «Les caisses d’épargne américaines (…) laissent une «ardoise» de plusieurs centaines de milliards de dollars.(…) Bref, l’appareil financier est en plein désarroi (…) L’infrastructure nationale a été laissée à vau-l’eau. La Federal Highway Administration estime que 23% des cinq cent soixante-quinze mille ponts sont structurellement défectueux et que le quart du réseau autoroutier est en mauvais état (...) Au total, les excès reaganiens ont accéléré le déclin américain».


Il est à souligner que les dépenses militaires colossales américaines en Irak et en Afghanistan, qui coutent chaque jour quelques 500 millions de dollars à la trésorerie américaine, aggravent d’autant plus le poids de ses dettes.


Faut-il souligner que le déclin est un phénomène qui peut s’étaler sur plusieurs dizaines d’années.


Actuellement, le rapprochement économique et financier se développe entre l’Amérique Latine et l’Afrique. Leur l’objectif serait de s’émanciper de l’asservissante domination des institutions financières euro-américaines.


Force est de constater que depuis l’ère Bush, deux camps se font face: l’Occident, mené par les Etats-Unis et l’Orient, au sein duquel sont présents différents pays, allant de la Russie, de la Chine, de l’Iran, jusqu’aux pays d’Amérique Latine tels que le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua. L’Iran constitue le fer de lance du camp Orient.


Signe des temps : la Colombie, avec qui le Venezuela a une frontière commune, a octroyé sept bases militaires aux Etats-Unis, provoquant l’inquiétude du Venezuela, de la Bolivie, du Brésil et de l’Argentine. Le Venezuela et la Bolivie, en dénonçant une menace pour la stabilité régionale, ont déclaré que cet accord «masque une stratégie globale de domination des Etats-Unis»(7).


Pour l’instant, les deux camps Occident-Orient sont dans un équilibre instable. Mais, la situation évoluant vite, dans un futur proche, la naissance d’une nouvelle alliance militaire, concurrente de l’OTAN, n’est pas à écarter. Cette nouvelle alliance militaire reposera-t-elle sur le traité de Shanghai? Affaire à suivre.


Le Moyen-Orient (Liban et Palestine) est le principal champ de bataille de l’affrontement Est-Ouest. C’est dans un tel climat qu’il faut analyser les impasses des «pourparlers de paix» israélo-palestiniens. Impasses, car la situation se débloquera le jour où les rapports de force militaire tourneront à l’avantage de l’Orient. Sinon, Israël continuera le blocus inhumain de Gaza, le massacre des Palestiniens et la colonisation de la Cisjordanie. La pureté ethnique, si chère aux sionistes, est à ces prix-là. Mahmoud Abbas n’en ignore rien.


De même, un blocage entre les partisans des deux camps empêche le Liban de former son gouvernement. Pour débloquer la situation, un clash militaire (où et de quelle ampleur?) serait-il indispensable? A suivre.


(1) Cécile Hennion et Sylvain Cypel- Le Monde du 23-24 août 2009.

(2) Natalie NOUGAYREDE- Le Monde du 10 septembre 2009.

(3) Le Monde du 05 septembre 2009.

(4) Le Monde du 18 septembre 2009.

(5) Le Monde du 10 septembre 2009.

(6) Manière de voir- Octobre-novembre 2009.

(7) Le Monde du 30-31 août 2009.